Bonjour Seoul

Oppaaaa.

- December 3 -

Malade et mourante, voilà mon état. Je n’exagère rien, oh non je n’exagère jamais, je n’aime pas le drame. Ma gorge souffre les degrés perdu, je tousse beaucoup et bois beaucoup de thé. Je dis adieu à cette vie, je soulève avec douleur ma petite main froide pour un dernier coucou. Le mal de l’hiver ne m’a pas épargné et j’endure ces secondes latentes qui rapprochent mon corps larvé de son dernier souffle.

Bon, j’ai attrapé un rhume. J’y mets un peu d’effet pour l’intérêt du récit. Donc, je tousse et je renifle comme une misérable. Oh, j’entends d’ici qu’on me reproche d’écrire des nouvelles dans le seul et unique but de me plaindre. Moi, vivante, jamais. Je ne fais qu’introduire mon billet.

Nous sommes donc samedi et mon mal m’agace. Je suis alors sur l’Internet à chatter avec un ami coréen. Je lui raconte mes malheurs. Il faut que le monde entier le sache. Prince qu’il est, il me propose de me rejoindre à Hongdae, m’emmener à une pharmacie et faire le traducteur de mon incommodité. Comme je ne crache jamais sur la bonté (et surtout pas dans la peu-sou) j’accepte et me voici avec mes petites pilules ching-chong contre le mal de l’hiver. Seigneur encore, il m’invite à manger les bonnes choses de la Chine pour (et je cite) “reprendre des forces”. Oh qu’il est bienveillant ce petit bonhomme. Et voilà où j’en viens.

En Corée, être une fille est un statut particulier. Être une fille c’est être une petite chose fragile et naïve. La femelle arrogante n’attirera jamais les faveurs de la gente masculine, il faut se comporter de manière ridicule, avoir huit ans et atteindre les notes les plus aiguës que vos cordes vocales vous le permettent. Elles appellent les garçons “oppa” (grand frère). Oppa-oppa-oppaaa. Ce détail m’a donné plus d’une fois l’envie furieuse de m’arracher les tympans à mains nues. Bien.

Les garçons, eux, sont toujours extrêmement attentifs aux besoins des petites princesses. Oh non, il ne faut pas se fier à leurs attitudes faussement détachées. Peu importe le statut de la relation, le garçon paie, réconforte, tient la porte et dit oui à tout.

Alors que je réchauffais ma chair glacée (et mourante) avec un Caramel Macchiato, nous en discutions. Il se disait étonné. “You never complain, you’re strangely independant”. J’en entends rire d’ici. Cela doit bien être la première fois de ma vie qu’on me dit que je ne me plains jamais. Mais seulement parce que les petites meufs d’ici sont mille huit fois pire que moi. Alors tu veux une petite meuf ? Prépare toi à économiser. Si tu as le cash money nécessaire pour lui acheter du Vuitton, aucune chance que tu puisses te faire doubler. Ce n’est même pas un cliché.

Il m’explique le deal. Si tu veux réussir dans la vie, empile les diplômes, gagne suffisamment pour rouler en BMW et, si ce n’est pas encore le cas, tu trouveras la mère de tes enfants easy-iz. Quand c’est moi qui le raconte, ça sonne très stéréotypé et pourtant. Pourtant ce n’est pas vraiment la première fois que l’on m’en parle. Oh ces jolies femmes vénales. Je juge mais il ne faut pas. Il me fait comprendre que c’est win-win : le garçon pécho de la meuf bonne et la petite zoulette n’a pas à s’inquiéter de la douleur du travail ou de ses finances.

Et la fierté dans l’histoire ? Je lance, le scandale dans la voix.

“Whatever”

Comments



blog comments powered by Disqus

older newer

  1. univ-rachat-de-credits reblogged this from bonjourseoul
  2. garantie-mutuelle reblogged this from bonjourseoul
  3. info-sur-le-rachat-de-prets reblogged this from bonjourseoul
  4. bonjourseoul posted this