Bonjour Seoul

Le repos puis le repos.

- December 10 -

Bonjour Seoul, tu es plein d’audace. Un samedi plein d’audace, exactement, car c’est avec un étonnant courage que j’ai demandé un Toffee Nut Latte plutôt que mon sempiternel Caramel Macchiato. Cela avait bon gout, le gout des petites choses de Noël. Oh ! Noël d’ailleurs ! C’est déjà partout. Les chants de Noël dans les cafés, les sapins dans les rues, le Toffe Nut Latte. Et je comprends que, Seoul, c’est bientôt la fin pour nous deux.

 

Mais ce n’est pas encore le moment d’en parler. Pas tout de suite. Je sors les larmes dans quelques dix-sept jours pour enfin me réfugier à Shanghai d’où je ne compte jamais repartir (les choses de l’amour s’y font très bien d’après ce qu’il m’est parvenu). Mais je n’avorterai pas le sujet, je le garde pour un jour de tristesse.

Nous sommes samedi dix décembre et je suis libre. Libérée des choses de l’effort. Oui. Le semestre était court et intense. Il est si petit (je dois me baisser pour lui dire aurevoir). Pour dire vrai, et j’aime dire vrai, je mens un peu. Ce n’était pas tant d’effort. J’aimerais le dire tout bas car j’en ai un peu honte. Très bien, je le reconnais. Ce n’était pas tant de travail. Oh je l’admets, la paresse était agréable. J’ai peut être même trouvé cela scandaleux quand on m’a demandé de rendre mes projets en fin de semestre. Peut être ai-je préféré la baguenauderie à la sueur du labeur. Peut être ! Mais qui m’en blâmera ?

Nous étions donc vendredi et la semaine fût dure, bien qu’elle soit la seule. Les gens s’agitaient pour les portes ouvertes qu’ils appellent pompeusement Open House Exhibition. Trois livrets, un plateau de Monopoly, un poster et une application sur Kinect. Voilà où en était ma contribution.

Maman, tu voudrais en savoir plus mais je doute que les choses de l’art génératif ou mon maigre talent de designer graphik te passionnent. Je te laisse regarder les photos en me souhaitant de belles vacances. Que l’esprit de Noël soit dans ton coeur.

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Oppaaaa.

- December 3 -

Malade et mourante, voilà mon état. Je n’exagère rien, oh non je n’exagère jamais, je n’aime pas le drame. Ma gorge souffre les degrés perdu, je tousse beaucoup et bois beaucoup de thé. Je dis adieu à cette vie, je soulève avec douleur ma petite main froide pour un dernier coucou. Le mal de l’hiver ne m’a pas épargné et j’endure ces secondes latentes qui rapprochent mon corps larvé de son dernier souffle.

Bon, j’ai attrapé un rhume. J’y mets un peu d’effet pour l’intérêt du récit. Donc, je tousse et je renifle comme une misérable. Oh, j’entends d’ici qu’on me reproche d’écrire des nouvelles dans le seul et unique but de me plaindre. Moi, vivante, jamais. Je ne fais qu’introduire mon billet.

Nous sommes donc samedi et mon mal m’agace. Je suis alors sur l’Internet à chatter avec un ami coréen. Je lui raconte mes malheurs. Il faut que le monde entier le sache. Prince qu’il est, il me propose de me rejoindre à Hongdae, m’emmener à une pharmacie et faire le traducteur de mon incommodité. Comme je ne crache jamais sur la bonté (et surtout pas dans la peu-sou) j’accepte et me voici avec mes petites pilules ching-chong contre le mal de l’hiver. Seigneur encore, il m’invite à manger les bonnes choses de la Chine pour (et je cite) “reprendre des forces”. Oh qu’il est bienveillant ce petit bonhomme. Et voilà où j’en viens.

En Corée, être une fille est un statut particulier. Être une fille c’est être une petite chose fragile et naïve. La femelle arrogante n’attirera jamais les faveurs de la gente masculine, il faut se comporter de manière ridicule, avoir huit ans et atteindre les notes les plus aiguës que vos cordes vocales vous le permettent. Elles appellent les garçons “oppa” (grand frère). Oppa-oppa-oppaaa. Ce détail m’a donné plus d’une fois l’envie furieuse de m’arracher les tympans à mains nues. Bien.

Les garçons, eux, sont toujours extrêmement attentifs aux besoins des petites princesses. Oh non, il ne faut pas se fier à leurs attitudes faussement détachées. Peu importe le statut de la relation, le garçon paie, réconforte, tient la porte et dit oui à tout.

Alors que je réchauffais ma chair glacée (et mourante) avec un Caramel Macchiato, nous en discutions. Il se disait étonné. “You never complain, you’re strangely independant”. J’en entends rire d’ici. Cela doit bien être la première fois de ma vie qu’on me dit que je ne me plains jamais. Mais seulement parce que les petites meufs d’ici sont mille huit fois pire que moi. Alors tu veux une petite meuf ? Prépare toi à économiser. Si tu as le cash money nécessaire pour lui acheter du Vuitton, aucune chance que tu puisses te faire doubler. Ce n’est même pas un cliché.

Il m’explique le deal. Si tu veux réussir dans la vie, empile les diplômes, gagne suffisamment pour rouler en BMW et, si ce n’est pas encore le cas, tu trouveras la mère de tes enfants easy-iz. Quand c’est moi qui le raconte, ça sonne très stéréotypé et pourtant. Pourtant ce n’est pas vraiment la première fois que l’on m’en parle. Oh ces jolies femmes vénales. Je juge mais il ne faut pas. Il me fait comprendre que c’est win-win : le garçon pécho de la meuf bonne et la petite zoulette n’a pas à s’inquiéter de la douleur du travail ou de ses finances.

Et la fierté dans l’histoire ? Je lance, le scandale dans la voix.

“Whatever”

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Mets tes mains en haut.

- November 30 -

Être cool à Seoul. Après trois mois passés à Hongdae, je commence à saisir. Hongdae c’est le quartier branché de Seoul et j’habite à Hongdae. Je côtoie par conséquent les gens et les endroits les plus branchés de la city. La hype coréenne ne ressemble à aucune autre. Je ne saurais cependant pas dire si elle a 10 ans de retard ou d’avance. La musique. Première chose, la musique. Je dis première comme si je m’apprêtais à lister une série de constats. Pas du tout, je ne ferai pas cela. Parce que la musique est la plus belle chose. Elle résume l’essence. Elle est d’ailleurs pire qu’omniprésente. Un petit minimum de 95 dB de K-pop pour chaque magasin ou restaurant. Un grand maximum de dix sons diffusés en boucle. Des boys bands que l’hétéronormativité n’effraie pas. Des petites salopes de dix-sept ans et leurs scandaleuses chorégraphies à base de booty shake. L’hymne au meilleur gout.

Aujourd’hui maman, je partage avec toi les quatre merveilleuses productions musicales que j’ai bien du entendre 1008 fois depuis mon premier jour. J’espère que tu aimeras. Si tu veux les partager sur facebook, je pourrais t’expliquer comment faire si tu veux. Tu peux aussi les faire écouter à tes collègues au bureau. Sur ceci, je te souhaite de fort apprécier. Bisous.

Première position. De loin. L’hymne ultime. Je mets le clip entier parce que l’historie est vraiment bien. Celle d’une mère au foyer qui en passant l’aspirateur (bien à sa place) se souvient que, quinze ans plus tôt, elle aimait à exciter les garçons comme une petite salope dans les clubs de Seoul.

 

Vidéo ludique qui nous apprend que pour être cool il faut lever les mains. Lever les mains. Lever les mains. Deux heures de l’après midi est ici le boys band le plus populaire. A noter que ces éphèbes bridés sont complètement zinzins puisqu’à en croire le vidéo clip, il est quand même minuit dans le club (2:12).

Du même groupe, cru 2010. Je la montre surtout pour la chorégraphie. La prod aussi. J’ai soudainement huit ans de nouveau, je me souviens de World Apart. Madeleine de Proust. En peut être mieux. Ma chose préférée, c’est le mouvement de pied répété tout du long (0:52).

 

Alors oui, oui on me reprochera que ce n’est pas coréen. Mais cette affreuse chose est partout. Et Seoul shuffle. Les garçons maigres et leurs cheveux oranges sur le dancefloor, ils shufflent. Dans la rue, partout, le matin, en mangeant, les jours sombres ou ceux qui sont plus heureux. Toujours, le shuffle. C’est la version karoké, tu pourras chanter.

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Macchiato.

- November 24 -

Bonjour Seoul, tu es glacial. Je porte des gants. Ma consommation de caramel macchiato triple. Je ne sens plus mes joues. Il faut beaucoup marcher pour oublier qu’il fait froid. Je marche en compagnie du cynisme slovaque. Les galeries des petites choses de l’art. Le riz au curry. Toujours le caramel macchiato. Les cafés sont les plus jolis à Hongdae. Le matin, très tôt, je sors prendre des photos des poubelles. Je suis même allé à un mariage. Oh c’était joli. Orchestré. Le vin rouge y était très bon (notable). Je me suis perdue dans un labyrinthe de miroirs, l’expérience la plus effrayante de mon existence. Nous en avons bien rit, une fois sortis. Je mange bien. Je me couche tard.

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Seat-seat-seat.

- November 8 -

Et oui alors il y a un truc que je dois raconter. Je ne suis pas réellement tenue de le faire mais je vais le faire : c’est comme cela que ceci se passe ici. C’est à la fois peu intéressant et peu drôle. Il y avait un deal. Le deal c’était : ok, vous emménagez dans notre Goshiwon mais il faut participer aux cours de langue. Dans l’absolu j’étais opée. Le deal c’était une heure par semaine, on fait un petit coucou à des gens qui veulent apprendre l’anglais, rien de bien engageant. Il fallait juste tenir une conversation. En échange de quoi, le loyer était moins cher.

Je ne vois que le cash money. Moins de cash money dans le loyer c’est plus de cash money pour la drogue. Alors j’ai dis, d’accord. D’accord on fait comme ça. J’ai serré la main de ce vieux bonhomme et on a fait deal.

Je ne lui ai pas vraiment serré la main. Ce vieux bonhomme, c’est le maitre des lieux. C’est le mec à qui appartient le building. Il ressemble à un vieux yakuza et je ne comprends absolument rien à ce qu’il me dit, même si il a l’impression d’être un crack en anglais. On le trouve au cinquième étage en train de jouer au Go dans la salle commune. C’est le chef.

J’ai rencontré les gens de ce “cours de langue”. Que des meufs. De la meuf plutôt vieille. Elles étaient sympathiques, on a bu du thé ensemble et elles m’ont dit que Louis Garrel était trop beau. Le vieux yakuza ne disait rien. Je pense qu’il ne comprenait pas grand chose non plus. Alors il buvait son thé, ses mains qui caressaient son ventre à travers son manteau.

Je reçois un appel le vendredi soir. On me demande d’être au Language Center à 15h30 le samedi. Ce n’était pas prévu mais sur le coup je m’en fous parce que j’ai bu trop de soju et que Hellicobacter est en train de me crier dans les oreilles. Il me dit hihihihihihihi et moi je dis OK au téléphone.

Et le lendemain. Guet-apens. Je me retrouve face au vieux yakuza, toute seule. Je demande où sont les autres. “Today, you just me”. L’heure la plus longue de ma vie, à chercher et épuiser tous les sujets de conversation convenus. Je me ressers 5 fois du thé pour me faire gagner du temps. Le type me met mal à l’aise. Il caresse son ventre comme ça. Il me demande si j’aime boire, si je fréquente les bars ou si j’aimerais apprendre le chinois. Je redoute chacune de ses questions. Déjà, parce qu’elles sont étranges mais ensuite parce que je ne veux pas vexer le chef yakuza à le faire répéter huit fois. Ce bonhomme a quelque chose en lui de littéralement badant.

Au bout d’une heure, je me lève. Je dis bon coucou hein et je suis déjà à la porte. J’entends s’élever un “SEAT” de derrière. Voix menaçante. Le bonhomme pas content, il commence à rager. Il répète seat-seat-seat. Je dis oui mais non monsieur c’était une heure. Apparemment non. Il a changé les règles, maintenant c’est une heure et demi. Et comme je suis d’une audace sans limite je dis que je ne suis pas d’accord et comme il est pas d’accord que je ne sois pas d’accord il est vraiment fâché. Je pars mais j’entends un “Next time, more time”.

NEXT TIME. MORE TIME.

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Coucou (de loin)

- November 2 -

Oh, oh je sais ce que tu vas dire maman. Tu vas dire que les nouvelles manquent, que je ne suis pas régulière et que l’on s’inquiète pour moi. Je n’ai aucune excuse. Je vis les choses comme une petite égoïste, je ne les raconte pas. Je les garde. Mais je fais un effort, je te dis que je vais bien.

J’ai déménagé. Le petit déménagement. Je vis dans une petite chose de peut être cinq mètres carrés désormais mais le truc chouette c’est que mon lit, c’est mon lit. Je dors dans un lit pour moi. Marion et moi on est plutôt contents. On vit toujours dans le même goshiwon cependant. On se fait des petits coucou de porte à porte. Le coin est joli. C’est à Hongdae, le tiequar. C’est agréable, plein de jolies maisons, de cafés et de petites choses à regarder. Les petits livres, le petit bagel. C’est comme ceci que cela se passe désormais. J’aime bien. J’ai fais les photos pour que tu comprennes comme c’est chouette.

Mais je n’ai pas le temps alors je fais vite. Je dis coucou, un coucou de loin.

Et ceci, c’est du toit de mon immeuble, quand je suis allé faire la machine du linge.

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- October 20 -

lastien asked: Hé. Tes photos dans le flippant sont sympas. Je suis jaloux.

Tu ferais mieux d’être jaloux de ma balade nocturne. C’était très cool. Du genre super flippant mais cool. Hé, merci.

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Gyeongbok

Le mois d’octobre fait tomber la nuit noire à six heures du soir et je me perds dans le flippant.

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